Clair-Obscur

23 janvier 2012

Scum, Alan Clarke

scumEncore un film violent et efficace de Alan Clarke. Scum pourrait être la suite de Made in Britain (bien que Scum soit antérieur à Made in Britain). Dans ce film, Clarke filmait Trevor, jeune rebelle promis à la maison de correction s'il ne se reprenait pas en main immédiatement. C'était sa dernière chance. Avec Scum, nous entrons dans cette maison de correction. Zone de non droit où règne la loi du plus fort sous l'œil sadique des matons. Le film commence par l'admission de trois jeunes : Carlin, Davis et Angel. Nous allons suivre leur itinéraire dans cet enfer sur terre. En plus de ces trois personnages, Clarke suit l'itinéraire de Asher qui a une stratégie de survie particulière : emmerder (je crois que ce terme est le seul a pouvoir rendre compte de la psychologie de ce personnage) autant que possible l'administration et sourire. Un sourire insolent dont il ne se sépare jamais : c'est presque une philosophie ! Le casting est un des éléments le plus déroutant du film : Ces jeunes garçons sont présentés comme des cas irrécupérables, dangereux, incontrôlables et présentent tous des visages d'ange ! Un décalage d'une incroyable violence se dégage de ce décalage. Clarke filme le quotidien de ces personnages : violences, humiliations, injustices, suicides, révoltes sont le quotidien de cette institution.

Comme Made in Britain, ce film se caractérise par son efficacité. Une narration concise, un sujet précis qui sera traité jusqu'à la fin, sans concession. Notons enfin, que chez Alan Clarke la violence n'est jamais gratuite.

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Le nom des gens, Michel Leclerc

244890_14866358_460x306À sa sortie en 2010, j'avais volontairement évité ce film. Le voir programmé dans le cadre de Premiers plans a aiguisé ma curiosité ! Ne nous voilons pas la face, ce charmant film sur l'amour, sur l'histoire des individus, sur la volonté de changer le monde, sur les êtres ordinaires et hors du commun n'est ni la meilleure comédie ni la meilleure mise en scène que l'on puisse voir !

Le film raconte l'histoire d'amour entre Bahia, jeune franco-algérienne qui se revendique prostituée politique (elle repère « les fachos », les séduit, couche avec eux et les convainc de changer leurs convictions) et Arthur Martin, quadra coincé de gauche spécialisé dans l'autopsie des oiseaux !

Le nom des gens est un film frais au rythme soutenu, qui nous fait rêver à une histoire d'amour improbable, qui nous sort du quotidien. C'est un petit courant d'air dans notre vie comme Bahia (Sara Forestier délicieuse dans ce rôle) est un ouragan dans la vie d'Arthur Martin (Jacques Gamblin).

Programmez-le entre deux Godard : il permettra à votre cerveau de faire une pause !

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Godard 96-01. Sur For ever Mozart et Éloge de l'amour

godard femÉcrire sur un film de Godard est toujours un exercice périlleux. Car en parlant d'une œuvre on parle aussi de son cinéma, de ses thèmes de prédilection, d'un pan de l'histoire du cinéma. Godard, monstre sacré du cinéma dérange toujours (certains sortent de la salle), interroge toujours et reste fascinant. On a chaque fois l'impression d'un OVNI dans le champ cinématographique en même temps qu'on reconnaît l'écriture de Godard.

Ceci dit, voyez ces films. Inutile de chercher à proclamer que ce film est « bien » ou « raté », « majeur » ou « mineur ». Ce cinéma est tellement singulier qu'il me semble que c'est à chacun d'aller à la rencontre de l'œuvre en faisant fi de ce qu'en pense l'élite cultivée. Le cinéma de Godard peut être pensé mais doit être vécu.

Dans For ever Mozart, Godard filme plusieurs histoires indépendantes. Pourtant, les acteurs voyagent de l'une à l'autre. Encore et toujours, réflexion sur l'essence du cinéma, déclaration d'amour à la culture savante : qu'il s'agisse de la littérature, du théâtre, de la musique classique, de la peinture. Beaucoup de thèmes récurrents. Certaines images sont somptueuses et la direction d'acteur est magistrale.

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Dans Éloge de l'amour, Godard met encore en scène un réalisateur qui n'arrive pas à faire son film (c'était le thème d'une des deux histoires de For ever Mozart). Des personnages qui se croisent, qui ne s'écoutent pas tant qu'ils déclament les textes de Godard qui ressemblent plus à de la poésie moderne qu'à de l'écriture scénaristique. Comme toujours chez Godard, on est face à un rejet du réalisme. La première partie de ce film est tournée en noir et blanc : on a l'impression que ces images auraient pu être tournées dans les années 1960 alors que le film date de 2001. La fin du film est en couleur, mais pas une couleur réaliste qui donnerait une illusion du réel : les couleurs sont saturées, le grain est travaillé de manière à ce que la captation filmique se confonde avec une toile de peinture (d'ailleurs les références sont explicites).


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Pour finir sur ces deux films de Godard : je vous conseille d'aller les voir car c'est un cinéma fascinant, néanmoins, ces deux films ont, selon moi, le même défaut. Ils commencent très bien et au bout d'un moment, il semble que Godard nous ait tout dit et le film continue malgré tout. Je m'étais déjà fait la réflexion à propos de Weekend qui commence bien et dont la fin dure jusqu'à décourager ses spectateurs. Alors je m'interroge : Godard sait-il conclure ses films ?

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22 janvier 2012

Made in Britain, Alan Clarke

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L'éloge est souvent au rendez-vous à propos des films programmés dans les cadre des rétrospectives. Ce film n'échappe pas à cette généralité !

Made in Britain est dérangeant : on y voit un jeune rebelle de 16 ans, Trevor qui s'exclue de la société et refuse systématiquement de sortir de la délinquance. On voit également l'assistant social qui le suit et s'investit pour tenter de le sortir de ce mauvais pas. Mais Trevor est réfractaire et l'assistant social perd son temps. C'est ce personnage de Trevor qui nous dérange, son insolence, sa violence, son racisme, son caractère manipulateur, son inadaptation à la vie en société. Alan Clarke réussit à capter et mettre en scène cette violence sans jamais que le film ne devienne insoutenable. Il est d'ailleurs relativement court (72 minutes) : pas besoin de grands discours. Le film de Clarke est concis, efficace, redoutable.

À voir absolument si on aime le cinéma britannique. En voyant ce film, on ne peut que penser à This is England de Shane Meadows (2006). Proximité du titre, proximité des thèmes. N'hésitons pas à faire dialoguer ces films éloignés de 30 ans !

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Ligne de force Ligne de fond, Régine Chopinot (ou interrogation sur la confiance d'une cinéaste en son public)

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Samedi 20 janvier : début du marathon Premiers plans. Premier film vu : Ligne de force ligne de fond programmé dans le cadre de la rétrospective danse et cinéma. Régine Chopinot, chorégraphe, ex-directrice du Centre Chorégraphique National de La Rochelle nous propose un film de montage. Elle alterne des extraits de films qu'elle apprécie et qui l'ont marquée et des extraits de quelques-unes de ses pièces. L'originalité de cette projection tient en la présence de de Régine Chopinot. D'ordinaire, la présence du réalisateur est plutôt anecdotique, on voit « en vrai » celui ou celle qui a conduit le projet menant au film qu'on va voir. Il nous raconte des anecdotes amusantes ou tente de nous expliquer ce qu'il a voulu faire. Puis il se tait. Le lumière baisse jusqu'atteindre l'obscurité. Le film commence. Ici, Régine Chopinot ne s'est pas tue ! Sous prétexte de faire un voyage contre l'oubli avec le spectateur, elle a commenté son film ! Quel dommage ! Les images non légendes étaient éloquentes : correspondances picturales et rythmiques ; continuités et ruptures ; gommage des frontières : parfois on ne sait plus s'il s'agit d'une pièce de danse filmée ou d'une séquence dansée dans un film !

Le spectateur aurait pu être passionné par ce voyage entre arts chorégraphique et cinématographique : arts du temps, du mouvement, de l'instant et de l'intemporel, créateurs de rêves et intenses révélateurs. Mais là, les commentaires de Régine Chopinot devancent bien souvent ces échos. En livrant ce qui l'a conduite à monter ces séquences ensemble, elle empêche le spectateur de s'approprier le film et de se construire son imaginaire. La poésie qui pourrait naître de la juxtaposition des séquences est rompue par le discours de Madame Chopinot. Pendant la projection, frustrée d'être contrainte à adopter une position de spectateur passif, je me suis demandée si Régine Chopinot faisait confiance aux spectateurs. Croit-elle le public incapable de comprendre son travail pour se sentir obligée d'accompagner le projection d'un commentaire oral ? Est-ce du narcissisme poussé à outrance ? La réalisatrice impose ses images : pendant 75 minutes le spectateur est face au monde de Régine Chopinot, monté par la même. Est-il vraiment nécessaire qu'en plus elle impose son interprétation ? Gardons à l'esprit que le créateur ne maîtrise pas tout à fait son film et que parfois, l'interprétation du public, un regard extérieur peut proposer une réflexion nouvelle à laquelle l'auteur, aussi intellectuel soit-il, n'avait peut-être pas songé. Alors Madame Chopinot, c'est avec plaisir que je reverrai votre montage, mais je vous en prie, taisez-vous !

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